Brume, pluie, vent. Les éléments se déchainent, mais rien ne peut la freiner. Elle se confond avec la nature, se prétend reine de la Nuit. Ses pieds nus foulent le sol, s'écorchent sur les pierres, se glacent au contact de l'eau gelée. Mais ces douleurs physiques au fond ne sont rien comparées à celles qui torturent son âme. Ces douleurs qui la dévore, la consume entièrement, détruisent son c½ur, et provoquent ses larmes. Pareilles à des lames, elles transpercent son esprit, découpent ses espoirs en morceaux. Alors elle avance dans la nuit, la rue illuminée par quelques simples lampadaires clignotants. Ses bras pendent négligemment le long de son corps, sa chemise de nuit collée contre son torse, ses cheveux dégoulinants le long de son visage. Elle avait l'air d'un cadavre, avec sa peau pâle et ses yeux vides.

Et la colère montait encore et encore, elle la sentait dans le fond de ses entrailles, de ses tripes, elle la sentait brûlante, dévorante, puissante et surtout impossible à contenir. Alors ce fut plus fort que tout, plus fort que la brume, que la pluie ou le vent. Elle remplit ses poumons d'air, et du plus profond de son être s'échappa un hurlement d'une force phénoménale qui déchira la nuit. Ses membres tremblaient, autant de froid que d'émotion; un instant elle avait eu l'impression que toute son âme avait fuit son corps pour envahir chaque espace libre.

Puis d'un coup, tout retomba, lâchement. Ses jambes ne parvenaient plus à la maintenir, elle s'effondra, ses genoux claquant bruyamment le sol. Ses mains se posèrent sur la route mouillée, et elle s'allongea de tout son long au beau milieu de la rue. Une voiture serait arrivée à ce moment là qu'elle ne l'aurait pas vu. Et au fond, cela n'avait que peu d'importance, car en cet instant précis, plus rien, non plus rien n'avait d'importance. L'amour, l'amitié, la vie, les joies, l'ivresse, l'euphorie, rien d'autre ne comptait que ce moment d'existence, à la limite de la mort, où elle se sentait si vivante.

Son souffle s'accéléra. Si un temps auparavant elle se sentait vide et en parfaite harmonie avec ce qui l'entourait, c'était maintenant la peur qui prenait possession de son corps. Son c½ur se mit à battre à une rapidité impressionnante, sa respiration était saccadée, irrégulière. L'eau qui dégoulinait le long de ses joues n'était plus due à ses larmes; des perles de sueur d'angoisse les avait remplacé, et alors que l'air ambiant était empreint d'une forte humidité, sa bouche était aussi sèche qu'en plein soleil. Sans qu'elle en soit maîtresse, ses jambes se redressèrent et elle se mit à courir, courir, aussi vite qu'elle en était capable, son cerveau fonctionnant à mille à l'heure pour trouver le chemin le plus rapide qui pourrait lui permettre de se retrouver dans la douche chaleur de son foyer. Elle ferma les yeux, se laissa porter par son instinct, et se retrouva devant la fenêtre de sa chambre. Elle l'escalada, la referma, et sans même prendre la peine de s'essuyer, elle se glissa sous sa couette, profondément, tête enfouie sous les coussins. Un moment encore, et elle serait morte, elle en était persuadée. Sensation étrange que de courir pour fuir la mort. Elle s'endormit.
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# Gepost op zaterdag 26 december 2009, 15u16

Gewijzigd op zaterdag 26 december 2009, 16u31